Émotions

Que faire de nos peurs, de nos angoisses, de nos colères, de notre tristesse ou de nos chagrins ? Cette question est au centre des préoccupations de la plupart des étudiants en méditation que je reçois. Ces émotions, et beaucoup d’autres, nous envahissent bien malgré nous. Elles nous font souffrir et nous ne savons pas nous en dépêtrer.

En méditation appliquée, nous prenons le temps d’apprendre à connaitre, de manière intellectuelle, les mécanismes précis qui contribuent à l’apparition des émotions. Cette étape est importante car elle démystifie rapidement ces phénomènes à la fois familiers et mystérieux, amorçant ainsi un travail de pacification. Lors de cette étape nous prenons garde à ne pas les diaboliser. Nous évitons de les juger « mauvaise » ou « bonne » par contre nous n’hésitons pas à constater les souffrances qu’elles génèrent avec force d’exemples et d’arguments basés sur l’expérience.

Les méditations qui nous permettent de travailler sur les émotions sont nombreuses et de différents types. Nous avons tout d’abord besoin de vivre de manière consciente nos émotions, de ressentir leurs effets dans notre corps, de les connaitre intimement, en pleine présence. Non seulement nous ne les nions pas et nous ne les refoulons pas, mais nous les vivons pleinement en les accueillant, et cela de manière consciente avec un accompagnement adapté.

Si nous diabolisons nos émotions, si nous culpabilisons de les laisser apparaître ou si nous générons des dialogues intérieurs refusant l’émotion, alors nous ajoutons de la souffrance à la souffrance. Nous ajoutons des tensions internes qui ne résolvent rien, nous tirent vers le bas et nous rendent souvent tristes.

Identifier et nommer l’émotion nécessite de l’accueillir telle qu’elle apparait. Lorsqu’il ne s’agit que de soulager temporairement un état douloureux, il n’est pas forcément utile de mettre des mots sur les ressentis, mais cela s’avère fort utile lorsqu’on souhaite faire un travail de fond et éviter que la souffrance ne réapparaisse. Les mots font alors le lien avec les notions théoriques acquises et permettront ensuite de méditer de manière habile. Il existe des méditations « généralistes » mais également des pratiques spécialement dédiées à telle ou telle émotion.

Les émotions participent de certains modes de réaction aux phénomènes qui apparaissent à notre esprit. Nous sommes familiers avec certaines attitudes émotives bien ancrées et auxquelles souvent nous tenons dur comme fer. Nous pensons que ces « stratégies » (c’est parfois de cette manière que nous intellectualisons nos émotions) nous protègent et sont pleinement justifiées voir logiques. Nous pensons également qu’elles font partie de notre personnalité et qu’il serait catastrophique ou in-envisageable de nous en débarrasser.

En méditation nous apprenons à les accueillir, à les connaître, à les apprivoiser puis à les transformer habilement. Nous apprenons également qu’elles ne sont pas « nous ». Nous dévoilons à notre pleine conscience leur caractère phénoménal, qui sans être exogène n’est pourtant pas « nous ».

En contemplant les raisons logiques qui nous amèneront à transformer nos émotions, en acceptant avec honnêteté intellectuelle à quel point elles nous font souffrir et en intégrant ces transformations au plus profond de notre cœur, nous complétons notre transformation intérieure. Il s’agira ensuite d’assurer la régularité de la pratique, le suivi et l’observation de nos réactions et, éventuellement de poser les actes concrets qui ancreront dans notre réalité, notre changement d’état d’esprit.

David