L’émerveillement

Non, méditer ne rime pas forcément avec austérité, rigueur, sérieux, gravité, et surtout pas avec enfermement ou isolement.

Lorsqu’un méditant choisi de s’isoler pour un temps de retraite ou lorsqu’il choisi de consacrer sa vie à la pratique méditative, il tire avantage de s’abandonner à l’élan joyeux d’un effort léger, souriant. Un effort léger, libérateur, fait de ce bel abandon prometteur des états d’esprit qui l’emprisonnent. Il se relie aux autres en méditation de différentes manières, il se relie aux éléments, il ne s’isole qu’en apparence. Or cette relation secrète est profondément joyeuse et légère.

C’est l’égo qui se prend au sérieux, comment pourrait-il en être autrement ? C’est l’auto-préoccupation qui rend triste, morne, grave et quand bien même il s’agirait d’être préoccupé par la bonne marche de son propre cheminement méditatif, cela resterait toujours une vision auto-centrée.

Souvent les grands maitres rient, souvent ils ne se prennent pas au sérieux, souvent ils plaisantent ou s’émerveillent d’un enfant, d’une fleur, d’un fruit, l’esprit léger… Tout aussi souvent, un grand nombre de leurs étudiants sont de bons élèves, rigoureux, appliqués et … tristes …

L’apprenti méditant habile écoute les enseignements, médite régulièrement, cherche en lui-même, renonce au superflus, évite les distractions qui agiteraient son esprit inutilement mais il n’oublie pas de suivre l’exemple de son maître: Il s’émerveille !

Il s’émerveille de s’être, une fois de plus, réveillé ce matin là, il s’émerveille de sa nourriture et de tous les efforts qui ont été fournis pour qu’elle se retrouve dans son assiette, il s’émerveille d’une feuille, des nuages, des étoiles, du silence, d’un sourire, il s’émerveille aussi de toutes les qualités des autres, de la beauté qu’il voit partout, de l’étrange, des reflets … il fait de l’émerveillement une de ses pratiques essentielles et cela rempli sa vie d’une joie profonde, non pas superficielle et excitée, mais profondément belle.

Lorsqu’on s’émerveille, on accueille, on contemple, on mélange notre esprit avec le phénomène qui était extérieur et qui ne fait plus qu’un… on jouit du présent, le passé n’existe plus, l’avenir pas encore… et on jouit, dans l’instant présent, de mélanger son esprit à la fleur comme on mélange l’air avec l’air, l’eau avec l’eau, l’esprit avec l’esprit.